LE LIVRE

Tout commence avec mon fils alors âgé de onze ans qui me dit un jour :
— moi j’étais normal dans ton ventre mais tu as attrapé une maladie.
— C’est quoi être normal ?
— c’est Etre beau et pas baver !

18 histoires, 18 portraits, 18 êtres beaux

Nous avons donné images et parole à ceux qui ne sont généralement pas photographiés, à ceux qui vivent près de nous mais que nous regardons avant tout comme des handicapés, à ceux dont l’apparence est différente.

Etre beau, c’est donc 18 séances de pose où chacun a décidé de son image, a été accueilli comme une star pour se présenter, se mettre en scène comme il le souhaitait. Etre beau, c’est entrer dans un monde où l’on vibre en se découvrant.

Etre beau, c’est être soi. Etre beau, c’est faire fi de ce qu’il faudrait être pour convenir à… La norme ? C’est quoi la norme ? Ah tu n’as pas reçu les mêmes choses que moi et tu as développé quoi comme pouvoir ?

Une aventure humaine initiée par deux artistes, l’une photographe, l’autre écrivain, dont l’habituel devoir est de sublimer, et qui ont su pour cette œuvre, capter et transcrire une vérité commune sur « ceux » qu’on ne voyait pas.

ETRE BEAU porte un regard interrogatif sur la normalité obligatoire en révélant l’éclat de chacun de ces êtres différents sublimés par l’image, la danse et la musique, comme autant de vibrations révélatrices d’âme et de beauté.

C’est une révolte positive qui se réinvente et s’enrichit à chaque traitement où les spectateurs découvrent sans cesse une nouvelle perception, un nouveau mouvement, un nouveau lien, une évidence…

Une belle rencontre. Une rencontre avec soi. Etre Beau c’est Etre soi.

« On se ressent tel que les autres nous voient. Ils sont le miroir dans lequel chacun brise ses limites. »

« C’est là que nous avons réalisé que partout où ils vont, nos Etres Beaux sont d’abord ce que les autres voient, leur handicap. »

Delphine
« Moi je m’exprime avec mes yeux puisque je ne peux pas bouger mes mains. J’ai toujours plu dans ma vie. Quand je me regardais dans un miroir, je ne voyais pas ce que je n’avais pas… A 20 ans j’ai fait des photos érotiques pour avoir une image de moi. Me reconnaître ou me découvrir. Ensuite je n’en ai plus eu besoin. Je savais ce que je voulais. On est souvent trop sévère à son propre égard.»

Cette expression, « porteur de handicap », a très certainement été inventée par un valide ! Or nommer ce que l’on n’expérimente pas est dangereux. On risque de se tromper sur le sens profond d’un mot et sur ce qu’il va imprimer chez ceux qui vont injustement le porter. C’est à se demander qui porte et « quoi » exactement. Est-ce la perspective de ce qu’est l’autre qui nous terrifie ? C’est aussi oublier le sens premier du mot  « hand in cap », cette main dans le chapeau qui, en Angleterre au XVIe siècle, servait à désigner un jeu d’échanges d’objets personnels dont le prix était fixé par un arbitre chargé d’équilibrer les chances de chacun. Si bien qu’en revenant à ce sens premier, on pourrait se dire que celui qui a quelque chose en moins reçoit quelque chose en plus.

Eva et Pauline
« Bien sûr on les regarde dans la rue, dit leur père, elles sont jumelles, elles sont belles et elles sont trisomiques. Elles attirent le regard et ça ne me dérange pas. » Un jour, un homme les entendant parler dans un langage qui n’appartient qu’à elles a demandé :
– Mais quelle langue parlent-elles ?
– Elles parlent mongolien, a répondu Eric en riant, vous ne parlez pas le mongolien, vous ? »
Leur joie de vivre est son cadeau. Mais ce père n’est pas un doux rêveur qui a décidé d’ignorer le regard porté sur ses enfants au visage lunaire par une société guère solidaire.

Nicolas
Au-delà de la pince articulée reproduisant seulement la prise du pouce et de l’index, Nicolas s’est dit qu’il devait exister une main bionique qui puisse rendre à l’amputé les fonctions des cinq doigts. Dès le début cela a changé son statut : «  Je n’étais plus celui qui a une main en moins, mais celui qui veut fabriquer sa main ».
Maintenant Nicolas est en pleine création d’un réseau de fabrication de prothèses adaptées. Au-delà de la performance qu’il faut chaque fois accomplir, Nicolas a découvert combien il est magique de réparer les autres.

Nous remercions très chaleureusement tous nos modèles de s’être livrés avec confiance, joie et créativité.
Jim, Tim, Lucie, Tanguy, Camille, Nicolas, Laetitia, Jérôme, Jérôme, Delphine, Mathilde, Pauline et Eva, Amel, Anja, Violette, Koïta, Nicolas.

Le point de vue de la photographe

« C’est quoi être beau » ?

En tant que portraitiste, j’affirmerai toujours que « c’est être soi », uniquement, profondément, même devant l’objectif, pour qu’il saisisse intuitivement le moment précis, ce fragment de secondes où l’on est soi-même, libre de toute contrainte de forme ou de projection.

L’image n’est plus un diktat. Sans complexe, sans entrave, seul l’instant que l’on partage avec l’autre, le temps de la pose a de l’importance.

Cet échange, je l’espère toujours euphorique et surtout, désinhibant.

Le point de vue de l’écrivain

En regardant les photos de nos modèles, je comprends que la beauté ignore sa beauté et c’est ce qui me frappe dans les photos d’Astrid.

Ces êtres qui nous offrent une part d’eux mêmes ont croisé notre route et participent avec candeur et innocence à ce projet qui s’appelle « Etre beau »… Ils ne croient pas l’être en tout cas. Ils ne savent pas ce qu’ils sont. Ils ont sûrement oublié le titre du projet tant la relation d’amitié que nous établissons prend toute la place. Sans doute sont-ils parfois surpris en se voyant, en se découvrant.

Naturellement on n’est jamais sur la photo d’un photographe professionnel le reflet de ce qu’on voit en se regardant dans une glace. Le regard est un sombre juge qui jauge la fatigue, fustige la sale gueule du jour, critique sans cesse, et sonde impitoyablement le ratage du moment présent.

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